Mathilde : orthographe “inacceptable”

Durant mes secondaires, mes professeurs m’humiliaient à cause de mon orthographe. Quand je suis arrivée à l’université, une de mes professeurs était particulièrement agressive à propos de mon orthographe “inacceptable”. Je lui ai envoyé un email: “Je vous envoie mon travail pour votre séminaire. J’espère que mes correcteurs n’ont pas laissé trop d’erreurs. J’ai une dysorthographie et une dyslexie, ce qui explique les erreurs dans les emails que je vous envoie. Veuillez accepter mes excuses”. Elle a répondu: “C’est courageux d’étudier les sciences sociales lorsque l’on est dyslexique, mais beaucoup d’élèves font énormément d’erreurs sans être dyslexique, ils sont juste ignorants et négligents. Tu as bien fait de me prévenir pour que je ne me fâche pas”. Une autre fois, elle m’a de nouveau félicité, ce qui a augmenté ma confiance en moi.

Nadège : au travail

Un collègue me harcelait sexuellement au travail. Un jour, il m’a tordu le bras en m’obligeant à aller dans une pièce vide. Je me suis souvenue d’une phrase de mon cours d’auto-défense: “quelles parties de mon corps sont libres? Quelles parties de mon corps sont accessibles?”. J’ai utilisé mon autre main pour lui griffer le visage de toutes mes forces. Il m’a laissé partir et avait même des gouttes de sang qui coulaient sur sa chemise. Ma défense a permis de stopper l’attaque. 

Rolande : “Sors de ma chambre!”

Dans ma maison de soins, il y a un homme qui rentrait souvent dans ma chambre sans me demander d’autorisation. Je lui ai déjà dit plusieurs fois d’arrêter. Après avoir suivi un cours d’autodéfense, avec une soignante, je me suis entraînée à dire “Sors de ma chambre!”, en me mettant debout, en me tenant bien droite devant lui, en regardant droit dans ses yeux et en parlant fermement. Quand il est entré de nouveau dans ma chambre, c’est ce que j’ai fait. Il est sorti immédiatement et ne l’a plus jamais fait.

Rolande

Sandra : “Je ne veux pas !”

J’étais dans ma chambre. Parfois Julian y entre. Il vit aussi ici. On s’entend très bien. On écoute de la musique ensemble. Une fois, Julian est venu et m’a dit qu’il m’aimait bien. Et je lui ai répondu que je l’aimais bien moi aussi. Il m’a dit “ok, je suis ton copain maintenant”. Mais je n’étais pas sûre. Il a dit “quand on est en couple, on s’embrasse”. Je ne voulais pas que l’on s’embrasse mais je me suis dit que c’était peut-être ok. Et puis Julian a dit que l’on devait retirer nos vêtements. Il a dit avoir vu ça dans un film. Mais je ne voulais pas me déshabiller et je l’ai poussé fort et il est parti. Ensuite, je suis sortie de ma chambre. Je ne savais pas quoi faire donc j’ai cherché Angelika. C’est une de nos soignantes. Je ne savais pas quoi dire. J’avais peur d’avoir fait quelque chose de mal. J’ai pleuré. Angelika m’a demandé ce qu’il s’est passé et je lui ai dit: “Julian a dit qu’il était mon amoureux et m’a embrassé et… je ne veux pas!”. Angelika a dit que j’avais fait ce qu’il fallait et que je suis courageuse. C’était bien! Les soignantes ont eu une discussion avec Julian. Au débu,t je voulais qu’il soit mis dans un autre groupe. Mais il vit toujours ici. Il n’a plus le droit de rentrer dans ma chambre! On écoute toujours de la musique ensemble, dans la cuisine. 

Nadiejda : cours d’autodéfense

J’ai participé à un cours d’autodéfense pour des femmes malvoyantes. Après la première classe, mon mari s’est moqué de moi et m’a dit que je n’étais pas assez forte pour me défendre seule. Il m’a attrapé par les bras afin de me tester et j’ai crié dans son oreille: “AAAAAHHHH!”. Il m’a laissé tranquille et ne s’est plus jamais moqué de moi.

Lisa : service à revoir

A cause de mes limitations fonctionnelles, j’étais au lit lorsque la sonnette a retenti. J’attendais une livraison du supermarché et j’ai donc demandé à mon assistant qui se trouvait dans la cuisine d’ouvrir la porte et d’aller chercher la livraison. Tout à coup, une inconnue est entrée dans ma chambre et m’a dit que son patron lui a dit que j’avais besoin de ses services, qu’elle travaillait avec des personnes en situation de handicap et que je devais l’employer et la payer. Je lui ai dit: “Dites moi où vous travaillez, votre nom et votre adresse”. L’étrangère ne voulait pas répondre. Je lui ai crié de sortir immédiatement, et elle est partie. J’ai appelé la police et différents services d’assistance et j’ai découvert que plusieurs personnes avaient été volées dans des circonstances similaires. Je me suis assurée que la police prendrait la situation au sérieux.

Sylvie : à la maison

J’étais à la maison en train de dormir lorsque tout à coup j’ai senti des pas lourds. Trois hommes étaient dans mon appartement: le propriétaire et deux autres personnes. J’ai crié: “AAAAAHHHHH! Qu’est-ce que vous faites là?” Le propriétaire a répondu qu’il voulait réparer quelque chose et qu’ils avaient toqué à la porte. Je leur ai dit: “Vous n’avez pas le droit de rentrer, je ne me sens pas à l’aise. Je vous ai déjà dit que vous devez m’appeler à l’avance pour m’avertir”. Il s’est excusé, et ils sont partis. 

Martina : contrôle de routine

J’étais à l’hôpital avec mon assistante pour un contrôle de routine. Le docteur parlait à mon assistante de moi et mes maladies, comme si je n’étais qu’une enfant et ne me trouvait pas dans la même pièce. Je suis devenue très fâchée et me suis mise à pleurer, je voulais partir. J’étais en train de me retourner avec ma chaise électrique lorsque j’ai réalisé que je ne pouvais pas ouvrir la porte seule. Je me suis alors souvenue d’une classe d’auto-défense, je me suis retournée vers tous les deux, me suis fait la plus grande que j’ai pu, j’ai pris une grande respiration puis j’ai dis au docteur: “vous parlez de moi et de mes maladies avec mon assistante et agissez comme si je n’étais pas là! Cela ne va pas. Soit vous parlez directement avec moi, soit cette discussion est terminée”. Ils m’ont tous les deux regardés surpris. Le docteur m’a tout expliqué et mon assistante s’est excusée. Cela m’a fait beaucoup de bien de recevoir le respect que je mérite!

Kasja: un arrêt de bus au centre-ville

Quatre jeunes hommes s’approchent de moi, ils sentent l’alcool. On commence à se frotter contre mon dos et souffle sur mon cou. J’ai un mètre quarante, il est beaucoup plus grand. Les autres rient. Personne à l’arrêt de bus ne réagit.

Je m’éloigne, me retourne et prends pied, les jambes à califourchon, comme si mes pieds s’enracinaient. Je le regarde droit dans les yeux et dis fermement: “Tu ne t’approches pas trop?” Le gars s’excuse et s’en va, apparemment choqué. Ses amis suivent.